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Exemple d’une commune pionnière

« Passer du statut de râleur à celui de contributeur »

Entretien réalisé avec Antoine RAYNAUD, directeur de cabinet de Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle

La ville de Loos-en-Gohelle  est une commune de l’ancien Bassin minier français de 6700 habitants qui a fait le pari de la résilience par le développement durable. Comme toutes les communes du territoire, elle a souffert pendant longtemps des séquelles de  l’exploitation minière, à la fois environnementales, paysagères, économiques, sociales et identitaires. L’après-charbon a notamment été un combat pour réconcilier les citoyens avec leur histoire, l’image qu’ils avaient d’eux-mêmes et de leur territoire (très dégradée) et repenser la vie économique et sociale. Les élus ont donc essayé de développer un modèle durable, en s’appuyant sur l’implication des citoyens et cela dès le démarrage des projets, permettant ainsi à chacun de devenir acteur dans une logique de rupture profonde avec la culture paternaliste du modèle minier.

Cette politique portée par la ville a eu de nombreuses répercussions positives avec, notamment, la création d’un pôle de compétitivité sur d’anciennes installations minières qui accueillent désormais de nombreuses structures spécialistes du développement durable qui rayonnent au niveau régional (Centre de ressources du développement durable, Centre de développement des éco-entreprises, Chaîne des terrils, Culture commune…) et qui interviennent dans des champs variés des transitions (actions culturelles émancipatrices, nouveaux modèles économiques, transition énergétique, sensibilisation au patrimoine minier, suivi naturaliste de la faune/flore des terrils, etc.).

La ville a porté de nombreuses actions en faveur de l’amélioration du cadre de vie (ceinture verte de 15km, aménagement paysager des terrils devenus réserve de biosphère), de l’agriculture biologique (cinq agriculteurs de la commune ont converti une partie de leur activité en agriculture biologique et fondé une coopérative), la généralisation de l’éco-construction, le développement des énergies renouvelables (encore modestes à ce stade), etc. L’attractivité du territoire s’est accrue, ainsi que la confiance des habitants à l’égard des élus.

La commune a été labellisée premier démonstrateur national de la condition du changement par l’Ademe et cherche à développer une méthode de conduite de changement systémique (énergie, alimentation, modèle économique, sobriété, lien social, renouveau démocratique, etc.). Les politiques menées par la ville tentent de répondre de façon cohérente à une vision holistique, afin de traiter les pathologies du système. 

Vous avez une approche différente de la démocratie qui se veut très participative; comment s’est-elle mise en place ?

La commune a subi une crise globale au moment de la fermeture des mines, on peut parler de crise systémique (sociale, économique, environnementale, sanitaire,…). La ville a cherché à impliquer les citoyens à travers une politique culturelle volontariste pour leur permettre de changer le regard qu’ils portaient sur eux et leur territoire. Ce fut le début de l’implication citoyenne à Loos. Une série d’actions culturelles ont alors été menées comme des actions de land art ou des spectacles. L’objectif était d’explorer l’histoire de la ville et de faire naître la fierté d’y appartenir.

Quand Jean-François Carron a été élu, il a mené un diagnostic des besoins et attentes des habitants. Cela a permis d’élaborer une charte du cadre de vie, une sorte de feuille de route pour donner un cadre systémique aux politiques publiques. Il s’agissait de conceptualiser la méthode de conduite du changement.

A Loos, la dimension d’engagement est recherchée en permanence : il s’agit de mettre les habitants en situation de responsabilisation, de prise de décisions, de co-construction.

« Passer du statut de râleur à celui de contributeur »

Les citoyens deviennent partie prenante à la vie de la cité selon 3 niveaux d’implication :

– Le niveau d’information : transparence sur tout le processus décisionnel avec les contraintes, les décisions et le lancement des projets :  la compréhension de la décision est à la base de l’acceptation des projets.

– Le niveau de la consultation : prise en compte de leur avis sur un projet déjà avancé.

– Le niveau de la co-construction : les habitants sont mis en situation de recherche de solutions.

Pour ce dernier niveau, un outil a été développé, « Le fifty fifty ». Cet outil prône l’effort mutuel. La commune apporte le soutien technique et financier au  projet et les habitants, en échange, donnent de leur temps pour réfléchir ou aident physiquement lorsqu’il s’agit de réaliser des travaux.

Vous pouvez découvrir cet outil plus en détail sur le lien suivant : https://mcusercontent.com/15bcee0c3a71f0e4dae830b2c/files/fd0f1063-0d37-e6ae-fff9-01d11b55e31c/Extrait_re_fe_rentiel_fifty_fifty.pdf

 La politique d’implication citoyenne vise la « capacitation », c’est-à-dire le renforcement des compétences sociales, culturelles, techniques à la fois à l’échelle individuelle et collective par l’engagement dans des projets d’intérêt général, dans une logique d’éducation populaire. Faire la ville est la nouvelle éducation populaire.

Comment faire adhérer la population a des projets qui traitent du sujet de la transition écologique ?

La population n’adhère pas nécessairement aux projets de transition écologique. Ce qui fonctionne, c’est de changer les conditions d’exercice du pouvoir, pour aller faire plus de reconnaissance de chacun et plus de partage de responsabilités. C’est cela qui génère avant tout de la confiance. De nombreux outils ont été mis en place pour créer des espaces d’expression, de reconnaissance et d’engagement, ainsi que des services de proximité avec la population. Ainsi, deux tiers lieux (alimentaire, animé par l’association les Anges gardiens, et numérique, animé par la ville) ont été mis en place dans la commune et permettent d’apporter de nouvelles gammes de service aux Loossois. La ville soutient également fortement le réseau associatif, qui reste la porte d’entrée vers l’implication citoyenne, et des actions sont menées auprès des scolaires. Ces différentes mesures permettent de mener des actions de sensibilisation, transformatrices sur le temps longs.

Enfin, les élus (et techniciens) de la commune portent un projet politique centré sur les enjeux de résilience alimentaire, de sobriété, d’autonomie énergétique, de nouveaux modèles économiques (avec l’exigence de tenir en même temps les sujets de la vie quotidienne – déchets, propreté, sécurité, voiries – sans lesquels aucune adhésion de la population n’est possible). Pour faire accepter cette évolution, la transition doit devenir désirable. C’est toute l’histoire de « l’étoile et les cailloux blancs » : les gens se mettent en mouvement, changent de comportement et de regard s’ils en ont envie. ll faut créer le désir autour des projets pour y faire adhérer la population. L’étoile est une ville résiliente et les cailloux blancs sont les opérations concrètes qui incarnent la transition. Cela permet d’aborder la question de l’effondrement de manière positive. En effet, si cette notion n’est pas systématiquement mobilisée (car peu fédératrice et génératrice de sidération et de découragement plutôt que d’engagement), elle est régulièrement invoquée dans le discours politique, comme cela a été le cas lors de la cérémonie des vœux de janvier 2020, centrée sur ce thème.

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